11.20.2020

Le chien dans l’Art, petit guide iconographique I, de la préhistoire à la Rome antique

Le chien partage la vie de l’homme depuis environ 15 000 ans et c’est tout naturellement qu’il s’est retrouvé au premier plan dans les représentations graphiques que nos ancêtres nous ont légué. Peint sur des parois rocheuses, déifié ou encore témoignage vivant du pouvoir, le chien va connaître une histoire de l’art étonnante.

La préhistoire, le chien de chasse des cavernes

C’est sur la côte est de l’Espagne, sur le site de la Cueva Vieja, à Alpera, que l’on a retrouvé la plus ancienne représentation de chien, occupé, semble-t-il, à chasser le cerf. Cette peinture rupestre, entourée d’une grande quantité d’autres représentations diverses, remonterait à plus de 10 000 ans avant notre ère. Des motifs abstraits entourant ces scènes de chasses, en fait un espace tout à fait original et catalogué comme art schématique. Et ce n’est pas la seule représentation d’art rupestre dans laquelle le chien est montré comme une aide précieuse à la chasse, car des pétroglyphes, datant de 9 000 ans av. J.-C., nous montrent un grand nombre de chiens domestiqués, 156 précisément, et certains même menés en laisse. Ces scènes gravées, retrouvées sur les sites de Shuwaymis et de Jubbah, en Arabie Saoudite, sont parfaitement conservées, elles nous apprennent que les chiens étaient accrochés à la taille des chasseurs afin de leur permettre de garder les mains libres pour utiliser leurs arcs. Selon les spécialistes, il s’agirait de jeunes chiens en formation, car d’autres, de plus grandes tailles, sont représentés en liberté.

Les représentations du chien à travers les arts antiques

 
En Mésopotamie

Une abondante source iconographique qui dépeint le chien dans les diverses sociétés mésopotamiennes a largement démontré que l’animal faisait intégralement partie de la vie de tous les jours des habitants de cette partie du Moyen-Orient. C’est plus précisément un ancêtre du berger d’Anatolie, un chien de type molossoïde, qui aurait été employé durant plusieurs millénaires à la garde des troupeaux, mais aussi à la chasse et à la guerre. Le chien avait la réputation d’éloigner le danger des attaques de prédateurs et c’est pour cette raison qu’il fut associé à la déesse Gula, la divinité guérisseuse. Son temple principal d’Isin comportait un cimetière canin et l’on a pu retrouver des stèles de donations et des statuettes en pierre ou en bronze, toutes représentant un chien, et qui étaient offertes dans l’espoir de guérison.On peut voir aujourd’hui, au Musée du Louvre, une statue votive supportant un récipient à herbes qui a été trouvée sur le site de Tello, datée de 2000 ans avant notre ère.
Dans le même élan, l’art assyrien va être prolifique en représentations de chien, par exemple, sur les frises décorant le palais de Ninive. Le roi Assourbanipal, qui fit construire ce palais lors de son règne entre -669 et -631, fit représenter les exploits de ses nombreux chiens. Ces molosses sont aussi parfois tenus en laisse par des serviteurs. Le chien d’alors était donc une preuve de pouvoir et de prestige pour les souverains, et l’on a retrouvé quantité de sceaux-cylindres en bronze et de tablettes en terre cuite racontant leurs chasses spectaculaires au cheval sauvage, au sanglier et même au lion. Mais sa fonction était plus nuancée puisqu’il remplissait aussi, chez les Hittites, le rôle de protecteur magique et l’on a retrouvé de nombreuses figurines de chien façonnées en terre séchée destinée à tenir les mauvais esprits à distance.

En Égypte

Le chien va accéder à un autre statut dans l’Égypte antique, il va donc dépasser ce rôle de chasseur et de guerrier pour accéder au rang de déité protectrice des âmes trépassées durant leur voyage dans l’au-delà. Anubis, le dieu des morts égyptien, était souvent représenté avec un corps d’homme surmonté d’une tête de chien sauvage, ce mythe étant sûrement issu du fait que les nécropoles étaient les lieux où l’on voyait, la nuit, des canidés en recherche de pitance. Pour les Égyptiens, c’était donc ce dieu qui accueillait les morts et qui les momifiait. Il procédait à la purification des cœurs et c’était lui aussi qui appréciait la qualité de l’âme défunte en faisant la pesée rituelle, l’organe humain ne devant pas peser plus lourd que la plume de Maât. On le retrouve dans les hiéroglyphes, comme le célèbre document conservé au British Museum montrant « la pesée du cœur lors du jugement de l’âme » du Livre des Morts d’Hounefer, de la XIXe dynastie ainsi que les diverses scènes du « Papyrus d’Ani », de la XVIIIe dynastie, montrant aussi bien « la pesée du cœur » que « la confession négative » et « Le sacrifice d’un veau lors de funérailles ». Anubis est aussi figuré sur les peintures murales décorant les tombeaux, sur les coffrets funéraires ou bien représenté sur des amulettes ou des statues, comme celle en bronze conservé au Musée du Louvre datant de 664 av. J.-C., ou « Le coffre à canope de Tchaouenhouy surmonté d’une statue du dieu Anubis », 1000 av. J.-C.. Des bijoux pouvaient aussi être ornés du célèbre gardien, comme on peut le voir sur le « pendentif pectoral ; le dieu Anubis couché ». Hormis le culte d’Anubis, le chien était tenu en grande estime, et les animaux des personnages les plus nobles se voyaient offrir une promesse de vie après la mort puisqu’ils avaient droit à des sépultures dignes des humains. Ainsi, le cimetière d’Ashkelon, en Israël, en est l’un des plus importants, même si, dans de nombreuses villes de Haute et de Basse Égypte, il était courant de trouver beaucoup de momies de chiens. Celui nommé Abutiu a ainsi traversé les siècles, il est mort vers 2280 av. J.-C. et il fut vraisemblablement un chien de garde royal de la race locale appelée Tesem, ce qui signifie rempart, il a été inhumé avec tous les honneurs, et l’on peut même lire sur une stèle les cadeaux que le pharaon de l’époque a offert pour ses funérailles. Il ne reste aujourd’hui qu’une partie de cette tablette qui est conservée au Musée du Caire. On peut aussi voir une représentation d’un chien de cette race gravée sur la tombe d’Antef II, 2065 avant J-C. Des scènes racontant les guerres qui ravageaient le pays et de violentes attaques de molosses sur des personnages noirs ont aussi été vues sur la tombe de Toutankhamon, vers 1350 av. J.-C..

En Grèce

Les écrits de l’époque racontent que, durant l’antiquité grecque, il y avait trois genres de chien, le chien de chasse, le chien de compagnie et le chien mythologique. Les deux premiers étaient largement consommés à titre privé ou sacrifiés lors de rituels funéraires. Mais avec l’apparition de chiens de très petite taille, le concept de chien de famille commence à se faire plus habituel, et l’on a retrouvé des vases décorés de scènes tout à fait amicales, comme ce « Chous attique à figures rouges, enfant marchant à quatre pattes devant un petit chien », daté de -420 et conservé au Musée de Vienne. Sur l’île de Crète, à Kydonia, des archéologues ont même mis à jour des pièces de monnaie à l’effigie de chiens de chasse du genre lévrier. Ce type de chien de travail était fréquemment représenté, comme sur cette stèle du Pirée, datant du IVe siècle avant notre ère, et conservée au Musée d’Athènes, qui nous montre des chiens courant à grande vitesse, il s’agit encore de la même race de chien représentée sur la fresque du palais de Nestor ou sur celle décorant la tombe de Philippe II de Macédoine, pour ne citer que ces exemples-là. Leur talent de chasseur était donc fortement apprécié, et les Grecs écriront beaucoup sur cette qualité des chiens de Laconie. Mais le chien avait aussi un rôle plus sombre et celui-ci était plutôt l’apanage des chiens de type molossoïde. Ainsi, Hécate la magicienne rodait la nuit avec sa meute de chiens qui profanaient les tombes afin de dévorer la chair humaine. Un bas-relief du IIIe siècle av. J.-C. et conservé au Musée du Louvre la montre tenant ses deux torches avec un chien à ses pieds. Cerbère, molosse à trois têtes, était quant à lui, le gardien des enfers. Ce personnage mythologique a été beaucoup représenté, et l’on peut le voir sur les poteries, comme l’amphore où l’on voit « Héraclès et Cerbère », 530-520 av. J.-C., peinte par Andokides, le célèbre artiste créateur des non moins célèbres figures rouges typique de la céramique grecque.

À Rome

Selon Pline l’Ancien, « les chiens sont les seuls animaux qui répondent à leurs noms et reconnaissent les voix de la famille ». Ainsi le chien était largement présent dans la vie quotidienne des Romains d’alors. Ses fonctions sont le plus souvent utilitaires, comme le montre les nombreux vestiges retrouvés montrant le chien dans son rôle de chasseur ou encore de gardien de la maison, c’est le cas pour la « mosaïque de la porte d’entrée de la maison du poète » montrant un grand chien noir avec une laisse, avec la mention Cave Canem, « prends garde au chien ». Il était aussi très prisé comme animal de combat à la guerre et il était dressé pour combattre des animaux sauvages lors des jeux du cirque. Mais le chien de compagnie a fait sa place et il est maintenant habituel de voir les riches dames romaines avec leur petit protégé, le carnis melitae, ou le bichon maltais. Il devient alors un marqueur social, car peu de personnes ont alors les moyens d’entretenir un animal qui ne sert à rien. Des stèles funéraires montrant des maîtres avec leur petit chien, ou encore des fresques avec des enfants jouant avec leur animal ont été retrouvées. La statue « Enfant au chien », 1er siècle de notre ère, du Musée de la Romanité de Nîmes, ou « l’épitaphe d’Hélèna », une pierre tombale de femme ornée d’une statue de petit chien, 150-200 après J-C. Les artistes de l’époque vont aussi prendre l’habitude de peindre et d’écrire leur affection pour leur petit chien. On trouve même déjà des écrits pour choisir le meilleur nom à donner à un animal. Dans la mythologie romaine, c’est Pluton, coiffé de son casque en peau de chien, qui reçoit les morts aux Champs Élysées et qui les autorisent à y rester s’ils ont vécu dans le Bien, où qui les envoie au Tartare, les enfers d’alors. Et ceux-ci étaient, bien sûr, gardés par Cerbère. Tandis que Diane, déesse de la chasse sera, par la suite, souvent représentée en compagnie d’un chien.